Ville d'Annecy
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Cérémonie du 4 mai

Cérémonie

Publié le 04/05/2021

Olivier Coquard

Hommage à 30 fusillés condamnés en cour martiale.

21 février 1944. Nous sommes à la Villa Mary, un ancien hôtel réquisitionné par le commandement des forces de l’ordre vichystes. C’est le cœur de la répression annécienne, un lieu de tortures et d’incarcérations de nombreux résistants, qui se déroulent sous la houlette de l’intendant de police Georges Lelong.

Les juges sont anonymes et masqués, la séance se tient tard dans la nuit. Pas de plaidoirie, pas de possibilité de défense. Une cour martiale expéditive. Les cercueils ont été commandés aux pompes funèbres avant son début.

3h du matin. La sentence tombe. 8 condamnations à mort.

22 février, 6 heures du matin. Les gardes mobiles et les GMR prennent position autour du champ de tir d’Annecy, où nous nous trouvons. Huit patriotes sont fusillés.

Noël Bastien (22 ans)*, Roger Bigaud (29 ans)*, Arthur Boiteux (20 ans)*, Roger Bouveret (34 ans)*, Pierre Canali (25 ans)*, Paul Dumoulin (20 ans)*, Emile Paille (22 ans)* et Gérard Van Opstal (21 ans)*.

À 17h, les corps sont inhumés dans le cimetière de Loverchy bouclé par les forces de l’ordre pour éviter tout incident. L’émotion est vive dans la population.

***** Le 4 mai de la même année, une scène similaire se déroule. Onze prévenus sont jugés à la villa Mary. La cour martiale est présidée par le capitaine Lombard. Ecoutons le témoignage de Julien Helfgott, 24 ans à l’époque, maquisard des Glières : "Les prisonniers sont jetés dans une salle étriquée, devant cinq hommes assis, paraissant mal à l'aise, vêtus avec recherche, le revolver à la ceinture. Nous étions devant nos assassins, devant la Cour martiale. À leur droite, huit gendarmes français, blêmes entrechoquèrent maladroitement leurs armes, au premier commandement. Le local est exigu, nous sommes pressés les uns contre les autres. C'est là, qu'en une minute, va se livrer une parodie de justice : en fait la décision est prise, depuis le matin. Le président déroule une mince feuille de papier et lit :

"Par arrêté de la Cour martiale, créée en application de la loi du 20 janvier 1944, modifiée par celle du 11 février 1944, relative à l'état de siège, les prévenus dont les noms suivent, sont accusés de tentatives de meurtres, de meurtres et d'attaques à main armée. Ils sont en conséquence coupables de crimes prévus par ces lois et condamnés à mort. L'exécution aura lieu ce jour, par fusillade."

Une minute à peine s'est écoulée, puis trois mots encore : "Emmenez les condamnés." Aucun d'entre nous n'a tremblé, mais nos poings se sont serrés et pris d'une soudaine révolte, nous faisons violemment éclater notre indignation, nous clamons notre mépris à nos juges. Les misérables ont tourné la tête."

Sont condamnés à mort :
Florence Valcesia, l'ex adjudant-chef du 27è B.C.A. Louis Conte, Fernand Décor, Julien Helfgott, Robert Schlick et Roger Petit, tous soldats des Glières, ainsi que Bernard Zelkovitch, Hugo Schmidt et Maurice Dupont.

Selon les termes de la loi, ils doivent être passés par les armes dans les vingt-quatre heures, sinon ils devront être rejugés. Au milieu de l'après-midi, G.M.R. et gendarmes emmènent, en fourgon cellulaire Florence Valcesia*, Louis Conte*, Fernand Décor*, Bernard Zelkovich* et Hugo Schmidt*, au champ de tir.

Les pompes funèbres ont amené les cercueils. Parmi les gendarmes qui forment le peloton d'exécution, Conte reconnaît un ami. L'adjudant-chef lui demande de cacher son corps, pour que sa femme ne le voit pas. Les larmes aux yeux, le gendarme supplie Louis de lui pardonner. L’émotion est grande, les Annéciens sont bouleversés. Les sphères officielles s'en rendent compte et sursoient à l'exécution des quatre autres condamnés.

Le bilan des cours martiales expéditives qui ont sévi en Haute-Savoie durant l’état de siège, entre février et mai 1944, s’établit à 30 hommes condamnés à mort par des Français et fusillés par des Français. A leur mémoire.

Discours de Samuel Dixneuf, Conseiller délégué aux mémoires, représentant François Astorg, maire d’Annecy.

Téléchargez la biographie des 30 fusillés, en cliquant ici.

sources Michel Germain.